France World Champion, what impact on French identity?

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La France Championne du Monde, quel impact pour l’identité française ?

Ca y est. C’est fait. La France est Championne du Monde de Football. Elle a deux étoiles de cette prestigieuse compétition mondiale que personne ne pourra jamais lui enlever. Et quand on contemple derrière nos téléviseurs ces jeunes joueurs qui ont saisi le graal ce dimanche 15 juillet et ont écrit à eux seuls une étape majeure et indélébile de l’histoire du sport français, on ne manque pas de noter cette multiplicité d’origines ethniques qui composent l’équipe de France. Cette France bleu-blanc-rouge contient d’autres couleurs, diverses et subtiles, et a gagné la Coupe du Monde.

Certains, en fonction de leur sensibilité identitaire, essaieront du fond de leurs fauteuils de saisir l’impact culturel et politique d’une équipe de France dont les origines multiples sont issues d’un passé colonial. D’autres préféreront embrasser cette diversité sans trop se poser de questions, le temps d’une coupe du Monde. D’autres encore, toujours enfoncés dans leurs fauteuils, peineront ou pas à assumer la complexité ethnique de cette identité française diffusée dans les écrans des quatre coins du monde.

Les réseaux sociaux comme à leur habitude seront les premiers à relayer ces observations, interrogations ou frustrations identitaires.
“La France, 6ème équipe d’Afrique” déclareront des Français de tous bords politiques dans leurs commentaires sociaux.
“La France, 6ème équipe d’Afrique” déclareront des Africains de tous bords politiques dans ces mêmes commentaires sociaux.
Intentions racistes pour certains, rêves inavoués pour d’autres. Ecriteau qualifié de dérapage raciste pour certains, d’appropriation vaine pour d’autres. En fonction de qui l’exprime, on tolère ou on condamne, car selon le célèbre humoriste sud-africain Trevor Noah “le contexte est tout”.

Vraiment ? Le contexte est-il vraiment tout ? Si oui, jusqu’à quand ? Jusqu’à quand l’Histoire permettra-t-elle à certains d’énoncer des formules raciales ou ethniques et à d’autres pas sur la base de la couleur de peau ? Jusqu’à quand l’Histoire permettra-t-elle le deux poids deux mesures ? Jusqu’à quand l’Histoire permettra-t-elle cette hypocrisie intercontinentale et interraciale ?
Sur l’origine des joueurs français, l’ancien international et sélectionneur croate Igor Stimac ironise. Trevor Noah fait de même. Igor Stimac est condamné. Trevor Noah s’en sort indemne. Pendant ce temps, le président vénézuélien Nicolas Maduro, peut-être pas tout à fait noir, peut-être pas tout à fait blanc, ironise également. Ou pas. Il a le droit d’acclamer l’Afrique comme vainqueur de cette Coupe, ou pas de dénoncer le racisme envers les peuples du Sud. Finalement, on s’y perd, on ne sait plus.
Et le président du parti UDI Jean-Christophe Lagarde de vouloir poursuivre en justice le président vénézuélien pour sa salve. On ne sait plus bien si c’est pour avoir confondu la France et l’Afrique, ou pour avoir rappelé au monde l’histoire de la Françafrique, ou pour avoir rappelé à la France sa responsabilité devant la crise des migrants. On confond tout. On ne saisit plus. La victoire en bleu se voit entachée de rouge. Alors égarés, on dénonce le racisme croate, puis un temps après on rigole de l’humour sud-africain, puis un temps après on crie au scandale diplomatique vénézuélien.

C’est dire de cette France en mal de paix intérieure pour qu’elle se sente aussi menacée par ces divers élans d’appropriation ou d’association à l’Afrique. La victoire est bel et bien à l’équipe de France, et plus largement à la France et aux Français. Pourtant ces mêmes Français se sentent encore offensés et dérobés quand on l’élargit ironiquement ou lyriquement à l’Outre-Mer.

Un long chemin identitaire est bel et bien encore à parcourir, ce chemin qui distance l’équipe de France de football et le peuple français. Car ce que cette équipe a surtout démontré c’est qu’elle est en avance et de loin sur la société française. En avance dans son rapport à la méritocratie, dans sa conception de la tolérance, dans sa capacité à construire un projet autour d’un destin commun et à tirer le meilleur de chaque individualité. Et à coups de vidéos des chants bon-enfant dans les vestiaires et dans les bus partagés dans les réseaux sociaux, cette équipe de France a montré son avance sur le peuple français dans son positivisme, dans son aptitude au vivre ensemble et dans son aisance à vivre l’identité française.

Le peuple français dans son marathon pénible vers la tolérance culturelle, ethnique et religieuse s’est donc laissé supplanter ce 15 juillet et il ne lui reste plus qu’à célébrer cette équipe de France vainqueur dont il avait oublié qu’elle aussi toute en couleurs représente la France, celle d’aujourd’hui, des bourgades, des banlieues, des églises et des mosquées, des majorités et des minorités, des anciennes colonies aussi. Alors dans nos fauteuils on constate plus ou moins que dans le sport la politique n’est pas bien loin. On sent consciemment ou inconsciemment que dans le sport le patriotisme flirte avec le nationalisme. On veut la victoire de notre pays aux dépens des autres nations. Et pour la France on veut une image fidèle du peuple tout en devinant l’évolution constante de son identité nationale…

English version

France World Champion, what impact on French identity?

So it’s done. France is Football World Champion. They now have 2 stars from this prestigious global competition and nobody will ever be able to take it from them. As one contemplates behind his TV set these young players who grabbed the grail last Sunday and completed a major indelible milestone in the history of French sport, one cannot avoid noticing the multiple ethnic origins that make up the French team. This France “bleu-blanc-rouge” also contains other diverse and subtle colours and won the World Cup.

Some, depending on their sensitivity to identity, will try in their living rooms to understand the cultural and political impact of a French team, the origins of which account for a colonial past. Others will prefer to embrace this diversity for a month and avoid asking themselves too many questions. Some others, still in their living rooms, will accommodate easily or not with the ethnic complexity of this French identity that is now broadcasted on television all over the world.

As usual social networks will be the first to convey these observations, interrogations and frustrations on identity.
“France, the 6th African team” will declare French of all political affiliations in social comments.
“France, the 6th African team” will declare Africans of all political affiliations in similar social comments.
Racist intentions for some, lost dreams for others. A banner qualified as racist misconduct for some, as vain appropriation for others. Depending on who writes it, one tolerates or condemns, since as South African comedian Trevor Noah will declare “context is everything”.

Really? Is context really everything? If yes, till when? Till when will History allow some but not others to express racial and ethnic comments on the basis of skin colour and origins ? Till when will History allow the double standard? Till when will History allow the intercontinental and interracial hypocrisy?
On the origins of the French players, the former Croatian player and manager Igor Stimac will make use of irony. Trevor Noah will do the same. Igor Stimac will be blamed. Trevor Noah will be unscathed. At the same time, Venezuela’s president Nicolas Maduro, maybe not exactly black, maybe not exactly white either, will also make use of irony to qualify the French team. Or not. He’s got the right to claim Africa winner of the World Cup, or not to denounce the racism endured by the peoples of the South. In the end, we’re lost, we don’t know anymore.
And the president of the Union of Democrats and Independents, the French centrist political party, who wants to sue the president of Venezuela for his ovation to Africa. We don’t know anymore if it is because Nicolas Maduro confused France with Africa, or because he reminded the world of the history of the Françafrique, or because he reminded France of its responsibility in the management of the migrant crisis. Everything seems confused. We don’t really get it anymore. The victory in blue is now tarnished with red. So since we’re lost, we condemn the Croatian racism, then a moment later we laugh at the South African humour, and a moment later we cry foul at the Venezuelan diplomatic scandal.

Surely this must tell about this France still in search of its inner peace if it can find itself so threatened by these diverse declarations of appropriation and association to Africa. Sunday’s victory is de facto a victory of the French football team, and more largely that of France and the French people. Yet some of these same French still feel stripped or offended when others ironically or emphatically extend this victory to overseas territories.

There is still a long way to go for France to come to terms with its identity, probably as great a distance as the one between the French football team and the French people. Indeed this team has demonstrated the huge lead it has over French society, the lead it has in its rapport with meritocracy, in its conception of tolerance, in its capacity to build a project around a common destiny and its ability to use the best in each individual component. And through the numerous videos the team shared on social media of players cheerfully chanting and dancing in the changing rooms or in transports, the French team demonstrated its lead over the French people in its positivity, its ability to build togetherness and its ease in living the French identity.

The French people, in its laborious marathon towards cultural, ethnic and religious tolerance, got taken by surprise and got taken over on July 15th, and all is left to do is celebrating this winning French team, of whom they forgot it too, with its multiple colours, can represent France, today’s France, that of small towns and villages, that of suburbs, that of churches and mosques, that of majorities and minorities, that of former colonies as well. And so in his living room, one more or less realises that in sport, politics is not very far behind. Consciously or unconsciously one feels that in sport, patriotism flirts with nationalism. One wants victory for his country at the expense of other nations. And for France, one wants the faithful image of the people while realising the constant evolution of its national identity…

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